samedi, janvier 27, 2007

Quand j'ai oublié de dire merci...

Hier, tout bonnement j'ai oublié de dire merci. Et aujourd'hui il y a cet énorme hématome à me le rappeler.
L'histoire c'est que j'étais sortie en vélo, rejoindre des amis, pas très sûre de vouloir mourir pile ce jour-là. Peut-être c'était dû juste à la crasse existentielle que je trimballe avec moi mais j'avais un de ces pressentiments comme ceux qui prédisent les pluies de grenouilles. Donc, moi et mon prolongement, avec qui on a divorcé depuis, roulions dans une petite rue en réponse à la tronche lumineuse du soleil d'après-midi. J'avais intégré tous les bruits autour de moi y compris ceux qui allaient venir. Au point de compléter la symphonie en sifflotant avant que le ciel ne se couvre de nuages verts.
A un moment précis j'entends une voiture qui approche vers mes arrières pas si protégés que ça. En bonne citoyenne faisant de la place même aux fourmis l'idée de reculer me traverse l'esprit. Celle qui est peut-être venue d'un subconscient qui n'apprécie pas les lendemains.
J'essaie donc de défier mes pneus dégonflés, je m'aggripe au guidon, je check vite fait le trottoir pour de la présence et j'espère que le vent me soulèvera au dernier moment. Eh ben, pas esclave le vent! Car alors que la bagnole me dépasse, moi je me catapulte direct sur l'asphalte, un acte assèz intime !
Je sens ma jambe qui se prend deux poids, le mien et celui du vélo, tous mes efforts pour arrêter de m'aneshtésier aussi tôt dans la journée sont compromis à jamais. Plus jamais je ne conduirais lucide !
Bref, en un millième de seconde j'arrive à lâcher un putain, jette un coup d'oeil autour de moi, crache sur mon vélo et me redresse avec la hantise d'une jument. Au même moment il y a ce garçon qui se dépêche à ma rescousse, le seul. Et il me dit d'un coup (ça frappe toujours quand des inconnus sont tirés de leur stupeur anonyme et amenés à interagir) "attendez, je vais vous aider !". Moi, qui attends plus rien de rien, j'ai plus peur qu'il ait peur pour moi alors qu'il a juste peur que j'eusse eu peur. Délicieux !
Il m'aide à me relever même s'il ne s'aperçoit pas que je suis déjà debout, respire pour moi et reste juste comme ça devant moi pendant quelques secondes. Parce que sinon je grimpe sur le fil qui me relie à l'univers et m'en vais ! Et il a compris.
Pas de larmes, un léger choc mais aussi on est entre inconnus, il faut qu'on se sépare déjà. Plus longtemps ça fait pas société occidentale moderne...
Il retire ses mains des miennes tout doucement, la tête baissée comme pour s'assurer que je ne vais pas m'écrouler après son passage et entame un trot hésitant, des pas quoi ! Et moi, je reste plantée là avec l'obligation de faire face à la turbine d'impressions qui se forme. Et j'oublie le merci...
Il y a donc mon hématome et moi là, mes larmes qui viennent pour autre chose. Je ne les retiens pas parce que l'autre fois quand j'étais tombée en vélo j'étais juste une loose molle à enjamber aux yeux du mec d'à-côté, parce que cette fois-là j'ai accompagné celui qui m'a aidé seulement d'un regard et pas d'un merci. Des larmes parce que cette fois-là je me suis redressée mais lui, lui il est reparti sous mes yeux en boitant...